fredag 14 april 2017
Introduction
Trouver Ulysse ne fut pas facile. Je ne dois qu'aux progrès d'internet d'avoir fini par le débusquer. J'avais entrepris des recherches aux archives de l'Yonne il y a vingt ans déjà. Mais rien n'aboutissait jamais. J'avais fini par croire que mon arrière-grand-mère d'Auxerre avait codé son identité.
Ce que la famille disait du père de mon grand-père maternel n'était guère volumineux. Il était originaire de la région de Saint-Fargeau. Il s'était marié à une femme qui avait sombré dans la folie. A l'époque, cela rendait un divorce impossible. Il était directeur d'une école normale. Il avait connu mon arrière-grand-mère, professeur à Auxerre, avant la première guerre mondiale. Deux personnes très férues de littérature, une liaison passionnelle mais sulfureuse à une époque et dans un milieu où l'honorabilité sociale était conditionnée par le respect de pesantes conventions, c'était une liaison dangereuse. C'est donc dans de mauvaises conditions que naquit mon grand-père Jean le 1er février 1914. Et, malheur suprême, son père Ulysse fut appelé sous les drapeaux dès l'été, à cause de la funestissime première guerre mondiale. Il y resta pendant toute la guerre, sous les drapeaux. Vu les circonstances, mon arrière-grand-mère avait placé mon grand-père en nourrice loin d'Auxerre, près de Paris. Depuis le front, Ulysse écrivit des lettres à mon arrière grand-mère. Mon grand-père garda sur lui jusqu'à sa mort l'une d'elles où Ulysse parlait de ses projets pour "notre petit Jean". La guerre se termina en 1918 mais Marie ne revit jamais Ulysse. Elle supposa qu'il avait été tué au combat, ce qui avait été le sort de tant d'Européens dans cette effroyable époque.
Il y a cinq ou six ans, certaines archives militaires avaient été mises en ligne, notamment les fichiers militaires concernant les soldats morts pour la France pendant la première guerre mondiale. J'avais trouvé trois Vilnat dont la vie fut ainsi tristement fauchée mais aucun Ulysse Vilnat.
Il y a trois ans, j'avais trouvé un document sur internet qui faisait état d'exploits militaires d'un Ulysse Vilnat en 1918. Etait-ce mon aïeul ? Etait-il encore vivant si près de la fin de cette guerre atroce ?
Ce document confirme qu'Ulysse n'était probablement pas mort pour la France mais son silence pourrait bien signifier qu'il avait été blessé au combat et le film "la chambre des officiers" donne bien une idée de ce que cela pouvait avoir de bien pire: des militaires défigurés se donnaient la mort, d'autres avaient perdu la raison, d'autres la vue, d'autres tous leurs membres. Après quatre années d'enfer, beaucoup n'étaient plus que des hommes cassés, incapables de retrouver une activité à la hauteur de leurs talents dans la société.
Indicible horreur de cette ténébreuse monstruosité qu'on appelle guerre, sortie tout droit de la gueule de l'implacable dragon ennemi de l'homme.
Mais, finalement, voici un an, à la faveur de la mise en ligne d'archives d'état-civil par le département du Loiret, je trouve enfin un Ulysse Vilnat, né à Thou, une commune limitrophe de l'Yonne et de la Nièvre.
Voici sans doute pourquoi je n'avais jamais rien trouvé concernant un Ulysse Vilnat dans tant de communes de l'Yonne: mon aïeul avait dû naître juste derrière la "frontière" départementale.
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